La qualité porte ses fruitières

30.10.2018 | Débats de comptoir

C’est bien connu : l’union fait la force. Dans le Jura, cet adage a été à l’origine des fruitières à Comté. Les bienfaits de ces coopératives avérés, les vignerons jurassiens ne tardèrent pas à en décliner les principes à leur domaine d’activité, transformant le lait en raisin et le vin en or. Retour sur cet acteur incontournable de notre vignoble qu’est la coopérative vinicole avec Joël Morin, Président de la fruitière d’Arbois.

Première fruitière vinicole à Arbois en 1906 

Au début des années 1900, les vignerons jurassiens portent encore les stigmates de la crise de phylloxera qui a décimé le Revermont à la fin du siècle précédent. Pour contrebalancer les pertes engendrées par la terrible épidémie, ils ont du replanter, beaucoup et… un peu de tout. Cette diversité de cépages arrivés à maturité, les viticulteurs se retrouvent avec d’importants volumes de raisin. Problème : ils sont confrontés à la concurrence des vins sans origine doublée de la pression des courtiers qui imposent des prix très bas sur leurs récoltes. Une vingtaine de viticulteurs arboisiens décident alors de s’unir en mutualisant leurs moyens. « Ils sont allés jusqu’au bout des choses en cultivant, récoltant, vinifiant et commercialisant leur propre production. La donne n’était plus la même car le viticulteur devenait maître du jeu » explique Joël Morin. C’est ainsi que naquit la fruitière vinicole d’Arbois en 1906, suivie un an plus tard par celle de Poligny (caveau des Jacobins) et trois ans plus tard par celle de Pupillin. Le caveau des Byards (Le Vernois) et la fruitière vinicole de Voiteur viendront un temps porter à cinq le nombre total de caves coopératives dans le Jura. Désormais quatre aujourd’hui, elles représentent le quart de la production et du vignoble.

Les viticulteurs arboisiens s’unissent pour former la première coopérative vinicole jurassienne

La quête de qualité, sève des fruitières

Partis d’une problématique de quantité, nos viticulteurs coopérateurs se sont très vite orientés vers une stratégie de qualité, seul moyen de se différencier et de se valoriser durablement. L’affinage dans le choix des cépages plantés marquera une étape-clé de cette démarche collective de recherche de l’excellence, récompensée en 1936 par l’obtention de la première AOC avec l’appellation Arbois. « Une fois ce virage qualitatif amorcé, la fruitière a continué sur sa lancée. Répartie sur plusieurs caves à Arbois, elle centralisera ses moyens en achetant le château Béthanie en 1969, continuant à se développer progressivement » se souvient son Président. Aujourd’hui, la fruitière d’Arbois entretient cette dynamique, réunissant une centaine de vignerons coopérateurs et embauchant vingt-deux salariés à temps plein, hors saisonniers. Parmi eux, des cavistes et un œnologue, qui, au sein d’une commission spéciale, établit un plan de vendanges ultra-détaillé. Quel cépage de quelle vigne sera vendangé quel jour pour réaliser quelle cuvée ? La science du vin, l’exigence, l’art et la manière ont toute leur place dans la fruitière ! Comme le souligne Joël, « la coop travaille à la façon d’un vigneron indépendant en ayant une totale autonomie sur la vinification » !

Les 3 000 pièces de l’impressionnante cave à vin Jaune de la fruitière d’Arbois

La fruitière, tout un état d’esprit

On ne choisit pas de devenir sociétaire d’une coopérative vinicole si on n’a pas un solide esprit d’équipe. Chaque viticulteur adhérent est en apport total, c’est-à-dire qu’il doit reverser 100 % de sa récolte au sein de la fruitière qui en assurera la vinification et la commercialisation. La qualité de son raisin influencera donc directement son revenu, défini selon des critères de poids, de degré, d’état sanitaire et de cépage. « La fruitière n’achète pas le raisin mais distribue le résultat des ventes de vin. Chaque sociétaire a donc un rôle à jouer dans la réussite du groupe » souligne Joël. Des sociétaires qui ont également une influence sur le fonctionnement même de la coopérative selon le principe d’un homme, une voix. Ils sont ainsi une centaine à élire un conseil d’administration et à pouvoir s’engager dans différentes commissions orientant les choix stratégiques de la coop. Comme se plaît à le rappeler son Président, en place depuis 2001 et adhérent depuis 1982, « dans une fruitière, on va peut-être moins vite, mais on va plus longtemps » ! C’est là une des spécificités du collectif : échanger, partager, confronter pour mieux assurer ses prises de décision. Une assurance que l’on retrouve aussi dans la façon de vivre le métier, le viticulteur ayant fait le choix de se consacrer uniquement à la vigne. « C’est une certaine qualité de vie avec moins de contraintes liées à la vente, à l’administratif… » argumente Joël.

Une centaine de coopérateurs unissent leurs récoltes au profit de toute la coopérative

La fruitière, un héritage pour l’avenir

Lorsqu’on décide de devenir coopérateur, on s’engage pour cinq années. Certains viticulteurs renouvellent cet engagement tout au long de leur carrière, d’autres choisissent ensuite de voler de leurs propres ailes en tant que vigneron indépendant. Pour Joël Morin, une chose est sûre : « la fruitière est un bon moyen de se lancer ». Il est vrai qu’entre les avances sur récolte, l’intégration dans des commissions techniques ou encore la mise en réseau, les jeunes viticulteurs ont de quoi démarrer plus sereinement leur activité. Globalement, la fruitière veille à encourager la relation entre ses différents membres et leurs intérêts communs, par exemple pour faciliter la vente de terres entre un futur retraité et un jeune arrivant. Mais la fruitière est aussi un formidable outil pour préparer l’avenir. Agrandissement des caves, acquisition de nouveaux pressoirs, innovations technologiques… les projets d’investissement rythment la vie de la coopérative. « Dès lors qu’elles visent un objectif de qualité, ces dépenses sont facilement approuvées par le conseil d’administration » rassure le Président de la fruitière. Des investissements partagés entre tous les coopérateurs et qui profitent à chacun !

Entretenir la qualité via des investissements réguliers, à l’image de ces pressoirs pneumatiques Bucher

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