Le bio, du travail avant d’être une mode

07.09.2018 | Œno’logique

Aujourd’hui, le bio est partout. Naturellement, on le retrouve dans nos vins jurassiens. Mais derrière la grande tendance de consommation et de production (l’inverse marche aussi), il y a d’abord la vigne, la plante, la terre. Une façon de faire autant que de voir le métier bien particulière, comme nous le raconte Jean-Étienne Pignier, vigneron et co-président du groupement bio Jurassien Le Nez dans le vert.

Le sol jamais seul

Ne tournons pas autour du cep : un vigneron bio passe beaucoup, beaucoup d’heures dans sa vigne. Un gros travail doit être fourni au niveau du sol. « On griffe, on pioche, on laboure pour que le système racinaire de la vigne se développe en profondeur et puise davantage ce dont il a besoin » explique le vigneron de Montaigu. D’avril à août, il faut compter quatre à cinq passages de griffes, charrues décavaillonneuses, roues dentées… pour l’entretien des sols, complétés par des piochages manuels. Mais Jean-Étienne, comme d’autres vignerons adeptes de la biodynamie, pousse le bouchon bien plus loin : « On a toute une panoplie de préparas à base d’ingrédients naturels ». Citons ainsi la bouse de corne, bouse de vache bio mise en terre dans une corne tout l’hiver. Mélangée à de l’eau de pluie, elle est épandue au printemps à doses homéopathiques pour réveiller la vigne. Effet garanti ! Plus tard, lorsque le fin brouillard de silice n’a pas suffi à prévenir les attaques retardées des mildiou, oïdium et autres maladies cryptogamiques, Jean-Étienne prépare les tisanes. Pas besoin d’insecticide, l’équilibre est retrouvé naturellement ! Reine des prés, consoude, bardane, ortie… les plantes présentes dans l’environnement de la vigne viennent à la rescousse, dopées au petit lait, lactosérum obtenu après l’élaboration du comté. Oh oui ! Du temps dans sa vigne, le vigneron bio en passe énormément. Et pas n’importe quand s’il vous plaît, puisque chaque intervention se fait au rythme du calendrier lunaire !

La vigne bio exige beaucoup plus de travail d’entretien

Dans la cave, le vin se libère

C’est tout le principe de la viticulture bio : plus on travaille la vigne, moins elle nécessite d’intervention de l’homme durant la phase de vinification. Après des vendanges à la main, un tri très sélectif du raisin et un pressage tout en douceur, le vigneron bio veille à laisser le vin exprimer seul ses qualités intrinsèques. Peu, voire pas de souffre, aucune levure et encore moins d’acidification. « Non interventionniste ne veut pas dire qu’on ne fait rien. En plus du contrôle et du soutirage, on fait surtout un travail de dégustation » corrige Jean-Étienne. Comme ses homologues bio, il fait vinifier ses vins dans des fûts de bois bien sûr, mais aussi de plus en plus dans de grosses amphores de terre cuite. « Dernièrement, on a fait l’acquisition de gros œufs en béton, dont la forme et le matériau neutre favorise la pureté et la profondeur des arômes » explique-t-il.

Une vinification non interventionniste n’exclut pas l’innovation

Le vin bio, un passé et un avenir

En tant que co-président du Nez dans le vert aux côtés de Stéphane Tissot, Jean-Étienne Pignier a vu le phénomène du vin bio jurassien se développer. Aujourd’hui, notre vignoble ne compte pas moins de trois générations de viticulteurs bio. « Avant nous, il y a quarante ans, on avait déjà quelques domaines traditionnellement bio. Je fais partie de la seconde génération, celle des premiers convertis voici vingt ans » se souvient Jean-Étienne. Comme d’autres, il a eu le déclic après avoir enrichi ses connaissances du sol auprès d’un géologue. Même si sa première cuvée bio en 1998 se distinguait par sa qualité, la partie n’était pas gagnée d’avance. « À l’époque, le bio n’intéressait personne et n’était pas très vendeur. Au début, je le cachais même à mes clients » confie-t-il. Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, les jeunes qui créent ou reprennent des domaines rêvent bio et représentent trois dossiers d’installation sur quatre. L’envie, la satisfaction de travailler autrement sont les principaux moteurs. Dans le Jura, le bio représente environ 60 domaines et 400 hectares. Chiffres en constante augmentation chaque année.

Cave du domaine Pignier, un des 60 domaines bio du Jura

C’est bio l’entraide

Si les nouveaux vignerons sont archi-motivés, il convient de ne pas trop s’emballer non plus. « Mieux vaut démarrer avec trois ou quatre hectares, de préférence dans des secteurs où il y a peu de monde autour pour pouvoir choisir de belles terres » explique le vigneron de Montaigu dont le domaine occupe tout de même 8,5 personnes en équivalent temps plein. Et d’ajouter : « En travail de la vigne, le bio coûte deux à trois fois plus cher et globalement, la production est moindre. Mais malgré des prix de vente supérieurs, on trouve une clientèle sans soucis ! » Les nouveaux arrivants peuvent compter sur le groupement Le Nez dans le vert dont le salon organisé deux fois par an leur suffit à se constituer une clientèle en une ou deux participations. « Moi il m’a fallu trente ans » tempère Jean-Étienne ! C’est aussi ça la force du vin bio jurassien. L’entraide et le partage y sont très présents. Cela va des ateliers où l’on apprend à confectionner la bouse de corne aux groupes techniques DEPHY pilotés par l’Interbio. Et puis chacun échange sur ses essais et expériences d’engrais verts, de travail des sols, d’outillages et autres. C’est par exemple le cas du groupe de bénévoles Atelier Paysan où les vignerons expérimentés aident les nouveaux à fabriquer, monter et installer leurs matériels eux-mêmes.

Dans le Jura, le vin bio est en évolution constante. Comme la vie.

Le Nez dans le vert, une action du collectif bio jurassien

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