Les vins bio du Jura

28.11.2016 | Œno’logique

Vins bio du Jura, l’amour de la terre séduit

Dans le Jura, les vignes cultivées en bio occupent près de 20% du vignoble. Les chiffres grimpent doucement. Comment sont produits ces vins biologiques ? Qu’est-ce qui motive les vignerons à faire autrement ? Petit tour d’horizon, entre raison et passion.

On entend souvent parler de vins bio… sans vraiment savoir ce dont il s’agit. Alors ? « C’est avant tout un vin vinifié selon le cahier des charges de vinification bio », précise Anne-Claire Bordreuil, technicienne viticole chez Interbio Franche-Comté. Depuis deux ans, le cahier des charges européen des vins labellisés biologiques comprend en effet les méthodes de vinification.

Des vignes soignées aux huiles essentielles

Concrètement ? Un viticulteur bio n’utilise pour faire pousser ses vignes ni herbicide, ni produit phytosanitaire de synthèse, ni engrais minéraux et le moins de cuivre possible. « Le gros problème du bio, c’est le mildiou », partage Stéphane Tissot, viticulteur bio depuis vingt ans à Montigny-les-Arsures, sur 50 hectares. On sait que le Jura fait partie des régions au climat frais et humide, comme la Champagne ou la Savoie, où cette maladie peut faire des dégâts. Comment fait-on alors pour tenir le coup avec ses vignes, face aux insectes et aux maladies de la vigne ? « Nous appliquons un traitement avec du soufre et du cuivre, des huiles essentielles, des infusions, des décoctions », partage le viticulteur.

18% du vignoble du Jura en bio

Nous vous avions déjà parlé d’eux : le Domaine Mazier à Orbagna, ou encore Kenjiro Kagami (Domaine des Miroirs), par exemple. Mais ne sont-ils qu’une poignée à adopter ce genre de méthodes ? « Les viticulteurs jurassiens sont très impliqués dans la démarche ‘agriculture biologique.’ ». C’est ce que concluait, déjà en 2013, la Direction départementale des territoires du Jura dans un rapport sur le vignoble du Jura. En effet, en 2013, 13% de la surface totale des vignes du Jura, soit près de 300 hectares, selon « l’Agence Bio », produisait des raisins issus de l’agriculture biologique, contre 6% pour le vignoble français. Les chiffres ont grimpé depuis. En Franche-Comté, en 2015, ils sont 64 producteurs, une hausse de 3 % par rapport à 2013, sur 367 hectares (dont 86 en conversion), soit 5 % de surface cultivée en bio supplémentaires (1). Sur les 2000 hectares de vignes dans le Jura, c’est donc aujourd’hui 18% de la surface qui est en bio.

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Didier Grappe est aux petits soins de ses 23 000 pieds de vignes cultivées en bio (sur 3,5 hectares), à Saint-Lothain. Crédit photo : Benoit Courtejaire, pour le GAB Jura.

Le vin bio se vend bien

Le vin bio a le vent en poupe, en France comme à l’export, témoignent les viticulteurs. Est-ce vraiment cela qui motive ces derniers à produire du vin au label étoilé ?
« Dans le Jura, les viticulteurs qui produisent en bio, comme tous les autres viticulteurs, le font avant tout par amour de la terre» C’est la vision que partage la technicienne viticole Anne-Claire Bordreuil. « Le bio, c’est pour moi un moyen de mettre en valeur des cépages très particuliers, d’aller dans l’expression du terroir des vins du Jura », témoigne Stéphane Tissot.

L’aide à la conversion à la viticulture bio

La Chambre d’Agriculture du Jura, via son Point Info Bio, accompagne depuis des années les viticulteurs conventionnels qui s’interrogent sur une conversion de leur domaine en viticulture bio. Toute personne intéressée peut ainsi prendre contact avec Marianne Sprenger, chargée de cette mission d’accompagnement qui peut être individualisé et/ou collectif selon les besoins.
Une conversion bio ou une création de domaine viticole en agriculture biologique doit être mûrement réfléchie pour bien appréhender la maîtrise technique de la conduite des vignes (enherbement, maladies…). L’enjeu est de pouvoir maintenir un rendement viticole suffisamment élevé pour amortir les charges de production engagées. C’est ce que montre le travail sur les coûts de production viticole en agriculture biologique réalisé par la Chambre d’Agriculture du Jura (données 2013). L’objectif de ce référentiel est de permettre aux exploitations viticoles en vente directe (entre 4 à 8 ha de vigne bio) de se situer économiquement. Il sert aussi de repère pour les projets d’installation ou de conversion. Sur la base des données comptables et d’une approche permettant d’intégrer la rémunération des facteurs de production (travail et capital), le coût de production moyen en 2013 était de 8,44 € HT par bouteille avec un rendement moyen de 33 hl/ha. Mais attention, le coût de production varie fortement selon le rendement :

RENDEMENT MOYEN 15 hl/la 22 hl/ha 28 hl/ha 33 hl/ha 38 hl/ha 45 hl/ha
COÛT DE PRODUCTION MOYEN (en €/bouteille) 16,98 12,05 9,74 8,44 7,47 6,48

La fixation du prix de vente du produit doit se faire en tenant compte de son potentiel de rendement. La maîtrise du rendement est un des facteurs clés de la réussite économique de l’exploitation, car on voit que le coût de production augmente très vite si le rendement n’est pas au rendez-vous. Cela passe par une attention particulière apportée au travail du cep (ébourgeonnage), au travail du sol mécanique et manuel (piochage) et à la surveillance des maladies de la vigne ; l’année 2016 très difficile à gérer climatiquement en est la preuve.

Au fil des rencontres et au-delà de la complexité de leur métier, les vignerons du Jura expriment un leitmotiv commun. Vin bio ou non, c’est bien l’amour d’un terroir singulier qui fait que ces hommes et ces femmes parcourent les vignes au fil des saisons…

 

(1) Chiffres de l’Agence bio sortis en 2015 dans la lettre de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) de janvier 2016.

 

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