Trois artistes jurassiens du vin

04.07.2018 | Promenades dans les vignes

Mettons-nous bien d’accord : le travail de la vigne et du vin, en soi, est déjà un art. Pour autant, il existe dans le Jura des artistes qui ont fait du vin leur muse. En voici trois qui, chacun à leur façon, expriment leur créativité en puisant allégrement dans notre vignoble.

À travers le verre

Issue d’une famille d’artistes, Françoise Ogliotti a toujours aimé peindre. Mais pas toujours du vin ! Le déclic viendra en 1991. Lors d’une dégustation chez un client vigneron de Pupillin, elle a le coup de cœur pour la lumière que renvoie son verre à travers la petite fenêtre du caveau. « J’ai voulu retranscrire la lumière du vin, cette alchimie, cette magie que l’on peut percevoir en fermant les yeux lorsqu’on le boit » explique l’artiste. À cette époque, Françoise travaille à Arbois avec son mari dans un atelier de sérigraphie destiné aux enseignes publicitaires. Désireuse de s’essayer à de nouvelles techniques, elle troque la peinture pour les encres vinyliques et la poudre d’or, les pinceaux pour les spatules et la toile pour le carton. Sa première œuvre sera un poulsard. De nombreuses autres suivront. Durant vingt ans, l’artiste mettra en exergue son amour de la lumière et des vins du Jura dans des tableaux qui connaîtront un succès dépassant les frontières locales. « Certaines de mes œuvres ont été vendues jusqu’à Chicago se remémore Françoise. Aujourd’hui, elle a raccroché les spatules. Mais lorsqu’elle parle des vins jurassiens, la lumière brille encore dans ses yeux !

 

La lumière d’un Pinot noir du Jura, par Françoise Ogliotti

De rouille et d’art

Frédéric Forêt s’est d’abord mis à travailler le métal pour les besoins du métier. « J’ai appris à souder avec mon père. Et peu à peu, le côté fonctionnel a fait place à l’approche artistique » confie le vigneron arboisien. Son crédo, c’est de redonner vie et forme au vieux métal rouillé. Barriques, mais aussi mobiliers, décos intérieures et extérieures… toutes les occasions sont bonnes pour sortir l’arc à souder, « tant que la vue de l’espace est respectée ». L’espace, parlons-en. En 2012, Frédéric réalise sa première œuvre « monumentale » : la reproduction en cercles de foudre d’un clavelin de six mètres et trois tonnes ! Nombre d’entre vous ont déjà dû voir cette gigantesque bouteille au milieu des vignes le long de la N83 tout près d’Arbois. À l’époque, le vigneron cherchait une façon originale de se démarquer. Beaucoup ont d’ailleurs cru que sa sculpture avait été réalisée pour la prochaine percée du vin Jaune ! L’intention de Frédéric est ailleurs. Quels que soient la taille et le poids de ses créations métalliques, elles sont pour lui « un moyen de se libérer, de s’évader des lourdeurs administratives du métier ». Et aussi de renforcer ce contact charnel qui en fait toute l’essence.

Une bouteille de vin Jaune monumentale sur les hauteurs d’Arbois, par l’artiste-vigneron Freddy Forêt

L’empreinte du vin

En 2003, lorsqu’il se lance dans la pratique artistique de la calligraphie, Thierry Moyne œuvre encore derrière les fourneaux de son restaurant La Balance Mets et Vins, à Arbois. « Le choix de la calligraphie m’est venu naturellement. Elle repose sur le geste, chose que j’ai beaucoup travaillée pour la présentation de mes assiettes » explique-t’il. Désormais, Thierry se consacre entièrement à son activité de peintre. Mais il réalise ses toiles de la même façon qu’il élaborait ses plats : en se laissant guider par les sensations que lui procure la dégustation d’un vin. Si le vin est sa muse, n’allez pas croire qu’il en abuse, ni que c’est simple ! « Ce n’est évidemment pas l’ivresse que je recherche, mais le lâcher-prise » confie-t-il. La spontanéité du geste, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Pour l’atteindre, Thierry réalise un gros travail d’imprégnation. Il possède son propre bout de vigne, va à la rencontre des vignerons, anime des conférences sur le vin… Source d’inspiration, le vin est aussi matière de création : mélangé aux encres, aux huiles, utilisé dans des macérations de papiers (procédé habituellement utilisé en calligraphie avec du thé)… Parfois, l’artiste ajoute même à ces mélanges de la terre récoltée sur le terroir du vin. Spontanée, instinctive, primitive, à la recherche du geste avant l’écriture… c’est ainsi que Thierry définit sa peinture. Une bonne partie de ses œuvres calligraphiques est liée au vin, au vin jurassien, dont toile après toile, Thierry cherche à retranscrire le caractère spirituel, ce lien unique qui le lie à la terre et l’élève vers le ciel.

Entre terre et ciel, Château-Chalon 2010-huile, encre, vin et marne bleue sur papier, Thierry Moyne

 

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