Vin et religion : toute une histoire !

14.12.2016 | Promenades dans les vignes

Vin et religion ont un lien historique dont on peut aujourd’hui encore constater la force. Dans la religion chrétienne, le vin symbolise le sang du Christ et reste indispensable à la célébration de la messe. À une époque où le transport du vin n’était pas chose facile, l’expansion des vignes a logiquement suivi celle de la chrétienté. Récit de ces liens étroits entre vin et religion dans le vignoble du Jura…

Vin et religion, un lien historique

Présent à de très nombreuses reprises dans L’Evangile, le vin symbolise le sang du Christ et reste indispensable à la célébration de la messe catholique. Contrairement à ce que l’on imagine, c’est du vin blanc qui est utilisé la plupart du temps car il salit moins les linges sacrés (nappes d’autel).

Au moyen-âge, avec l’essor de la religion chrétienne, le vin devient une boisson sacrée et la place des prêtres et évêques dans la société devient de plus en plus importante. En conséquence, ils reçoivent des dons de la part de la noblesse, souvent sous forme de terres sur lesquelles ils peuvent cultiver la vigne. À cette époque où le transport du raisin était moins aisé qu’aujourd’hui, il était nécessaire, dans le Jura comme ailleurs, de cultiver le raisin à proximité des couvents, des monastères, des abbayes (comme celle de Rosières ou de Montigny-les-Arsures). Les moines vont ainsi planter des vignes car ils ont besoin de vin : pour célébrer la messe mais aussi pour leur consommation personnelle et pour offrir aux personnes qui leur rendent visite.

CepVigneJura

Au fil du temps et grâce à leur travail, les religieux parviennent à développer un véritable savoir-faire et commencent à produire du vin en grandes quantités. Cette production est exportée dans toute l’Europe où la qualité du vin français est reconnue. Les moines, prêtres et évêques perpétuent l’excellence de la production et entretiennent leur renommée. Ils finissent par développer un savoir-faire viticole unique jusque dans la sélection des cépages et la conservation du vin – savoir-faire que les vignerons jurassiens perpétuent de nos jours. Forte de cette réussite, l’Église favorise l’extension du vignoble par la création d’immenses domaines viticoles rattachés aux abbayes. C’est la naissance des futures exploitations viticoles que l’on retrouvera dans le Jura.

Jura : les vestiges de l’Histoire

Le Biou

Dans le Jura, l’héritage le plus emblématique de ce lien entre vin et religion est la tradition du Biou d’Arbois. Cette cérémonie qui se déroule dans la petite ville d’Arbois était à l’origine une offrande à Dieu des prémices de la récolte sous la forme d’une énorme grappe de raisins. Si aujourd’hui l’événement s’est laïcisé, la tradition veut qu’il y ait toujours une messe à la fin de la procession et que les porteurs du Biou soient des pratiquants. On trouve aussi un tableau symbolique du Biou en l’église d’Arbois : il représente la Vierge avec le Christ sur ses genoux, à qui saint Jean-Baptiste et un ange apportent du raisin.

Crédit photo Philippe Bruniaux pour les Vins du Jura

Crédit photo Philippe Bruniaux pour les Vins du Jura

Le saint patron des vignerons

Autre vestige de cette histoire, cette fois-ci écrite par les vignerons contre l’Église, qui lui préférait saint Vincent : les statues de saint Vernier, le saint patron des vignerons dans le Jura, que l’on retrouve un peu partout dans les églises de la région comme à Arbois ou à l’abbaye de Château-Chalon, mais aussi chez de nombreux particuliers, preuve que saint Vernier reste ancré dans la culture jurassienne.

Crédit photo Brigitte Chanson

Crédit photo Brigitte Chanson

Des caves aux airs d’église

Nous vous avions déjà parlé de ces caves peu communes, aux airs d’église, qu’on peut découvrir dans certaines maisons vigneronnes du Jura : ne manquez pas celle du domaine Pignier, à Montaigu ou encore celle de La Cave de la Reine Jeanne à Arbois. Avec des voûtes en ogives gothiques et des piliers centraux, on pourrait se croire dans une église !

La Cave de la Reine Jeanne à Arbois. Crédit photo Jura Tourisme.

La Cave de la Reine Jeanne à Arbois. Crédit photo Jura Tourisme.

En définitive, le vestige le plus important du lien entre vin et religion, dans le Jura comme dans la France entière, est l’étendue du vignoble et l’empreinte de la tradition viticole. Si celle-ci s’est beaucoup laïcisée, il demeure que son histoire est intimement liée à celle de l’histoire chrétienne. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir du regard ces paysages du vignoble jurassien, patiemment modelés par le travail des vignerons.

Un grand merci à Roger Gibey, retraité de l’enseignement supérieur et historien d’occasion, passionné par l’histoire d’Arbois et du vignoble du Jura.

 

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